Coralie Brunet

Bouger sans règles : un guide pour les profs de yoga qui s’ennuient dans leur pratique perso

Le truc qu’on n’ose pas dire en tant que prof de yoga

Tu enseignes le yoga. Tu aimes transmettre. Tu peux créer des cours entiers pour les autres.

Mais quand vient le moment de pratiquer pour toi……tu regardes ton tapis comme une tâche mentale.

Tu ne sais plus quoi faire. Ou pire : tu sais exactement quoi faire.

Et c’est peut-être ça, le problème. 

l'ennui chez les prof de yoga

Parce qu’à force d’apprendre les alignements, les familles de postures, les transitions intelligentes, les « bonnes » activations, les objectifs anatomiques, les structures cohérentes… et les do’s et dont’s créatifs pour ne pas passer pour une fausse prof de yoga… beaucoup de profs finissent par perdre quelque chose de beaucoup plus difficile à enseigner : le mouvement instinctif.

Et crois-moi, je connais bien le sujet.

Le piège invisible des enseignants yoga

Quand tu débutes, tu explores. Tests à fond et compagnie. Tout est prétexte à apprendre.

Quand tu deviens prof, tu observes, tu analyses, et tu corriges.

Et petit à petit, même ton corps devient un projet. Le projet d’être crédible et légitime.

Et sans t’en rendre compte, ta pratique perso devient trop propre, trop logique, trop utile, et toujours orientée vers un but pédagogique. 

Comme si chaque mouvement devait « servir à quelque chose ».

Mais le vivant ne fonctionne pas comme ça. 

Mon Histoire avec mon propre corps me l’a prouvé : que ce soit mes blessures ou mes inconforts féminins chroniques. Que je dois finalement remercier… 

Pourquoi ? Parce que grâce à eux, j’ai dû revenir au seul véritable projet : le plaisir de bouger, pas juste « faire du yoga » avec quelque part dans une case de mon cerveau, cette injonction à créer aussi pour les autres en même temps.

Parfois, ton corps a juste besoin de tourner, de se secouer, d’improviser, de ramper (ah…le sol, c’est délicieux !), danser bizarrement, ou refaire le même mouvement pendant 12 minutes sans raison. 

Et si ton ennui était un signal ?

J’ai pris cela pour un manque de discipline que l’on prône dans le métier. Pour une perte de passion aussi.

La vérité, c’est que je me suis mis un cadre trop sévère pour qui je suis vraiment. 

On parle énormément des bienfaits de la structure dans le yoga. Beaucoup moins des moments où elle devient une cage invisible.

Parce qu’un corps trop contrôlé finit par ne plus rien proposer spontanément. Par manquer de surprise.

Et crois-moi, je connais bien le sujet.

Bouger sans règles : à quoi ça ressemble concrètement ?

Pas à brûler tes formations en tous cas 😉 – même si certaines ont fini par te paraître contradictoires ou incohérentes.

Mais peut-être à créer des espaces où il n’y a pas d’objectif, pas de “peak pose”, pas de thème intelligent, pas de séquence parfaite (ou qui semble parfaite sur le papier pour cocher toutes les cases…). Bref : pas de résultat attendu. 

Mettre une musique et ne rien prévoir (Ma piste préférée) 

Commencer à bouger avant de réfléchir.

Et essayer de ressentir les choses avant d’essayer de les comprendre. 

Même si ça ne ressemble à rien.

Et en fait… : surtout si ça ne ressemble à rien !

Choisir une contrainte absurde

J’en parlais au sein de mon programme « Let it Flow ». E tu l’as peut-être entendu dans mes épisodes de podcast, mais une autre piste que j’adore : ce sont les contraintes. 

Par exemple :

  • ne pas utiliser les mains, 
  • rester proche du sol, 
  • ne faire que des spirales, 
  • bouger au ralenti extrême, 
  • répéter une seule transition encore et encore. 

La créativité adore les contraintes étranges. Et le cerveau est concentré sur une tâche. Un Flow personnel et méditatif en ressort, en plus des pépites éventuelles pour de futurs cours…(parce que oui : on ne peut pas s’en empêcher !)

Arrêter de vouloir « pratiquer »

Cela m’a sauté aux yeux en juin 2024. Je travaille alors dans un Club de sports multidisciplinaire. Et dans les autres sports : on joue.

On « joue » au basket. On « joue » au Tennis. 

On « joue »…

On ne pratique pas.

C’est sûr : cela fait plus sérieux chez nous. Nous on pratique. 

Mais personnellement, je ne trouve pas – pas sérieux – le fairplay, les heures d’entrainement, la beauté du geste répété des milliers de fois, la concentration, les trainings collatéraux nécessaires à tous les grands « joueurs ». 

J’aimerais désormais être dans le camp des joueuses. Des joueuses du mouvement, Yoga inclus.

On veut respirer. Onduler. Marcher. S’étirer au hasard. Faire une sieste dramatique en posture de l’enfant.

On le sait que tout peut être « pratique », mais s’autoriser à jouer au Yoga ramènerait certainement plus de professeur.e.s dans leur propre vérité. Moi la première.

Laisser le corps faire.

En Eïnothérapie – pratique de thérapies brèves dont je suis certifiée, c’est le corps qui crée la tension et le relâchement nécessaires à la dispersion du mal-être.

C’est quoi le parallèle avec le métier de prof de yoga ? 

C’est que l’on doit faire plus confiance à notre propre corps. Pas que comme un outil de travail. 

Ça, c’est le plus dur pour beaucoup de profs.

Bouger sans chercher à progresser, à produire, à rentabiliser, à documenter ou encore à transformer l’expérience en contenu Instagram. 

Juste bouger avec tout ce que cela peut avoir d’inutile à l’extérieur. 

Le paradoxe

J’écris cet article pour toi.

Mais j’écris aussi cet article pour moi, je dois l’avouer.

Parce que j’ai oublié tout cela plus d’une fois. Et je suis encore en plein dedans alors que je pensais en être sortie.

J’ai oublié que ma pratique personnelle n’avait pas besoin d’être belle. Qu’elle n’avait pas besoin d’être cohérente. Qu’elle n’avait même pas besoin de ressembler à ce que l’on attend d’une prof de yoga.

J’ai observé mes mouvements. Et j’ai filtré – voire censuré – pas mal de choses qui se passaient sur mon tapis et hors de mon tapis. 

Jamais sur les réseaux. Jamais en vidéo. Pas instagrammable – pas yogiquement correct. 

J’ai eu peur que ce soit trop simple. Trop étrange et surtout pas assez académique et parce que : si, en fait, je me suis trompée : la police du « faux yoga » existe ! Et elle me met les nerfs en pelote celle-là !

J’ai eu peur du regard des autres. Pas des autres en fait : de mes confrères et consoeurs. 

Et puis je me suis rendu compte d’une chose.

A force de vouloir être une meilleure prof de yoga, je m’éloignais de ce qui nourrissait réellement mon identité pédagogique et créative.

Je cherchais à bien bouger plutôt qu’à ressentir. Alors que c’est ça, MA vérité. 

A être légitime plutôt qu’à habiter ce que j’aime vraiment faire.

Le plus ironique dans tout ça ?

C’est que les moments où je me sens aujourd’hui le plus connectée à mon corps ne ressemblent toujours pas à un cours de yoga.

Et c’est précisément dans ces moments-là que je retrouve ce que je cherchais depuis le début.

Une relation plus honnête avec mon corps.

En tous cas, pour moi, le simple plaisir de bouger est un cadeau.

Un cadeau que j’ai longtemps considéré comme acquis. Par devoir et nécessité.

Et que j’ai fini par perdre en chemin.

Écrire cet article m’a rappelé quelque chose d’essentiel : je n’ai pas besoin de devenir une meilleure prof de yoga aujourd’hui. Je pourrais le devenir, mais je n’en n’ai pas besoin. 

J’ai simplement besoin de redevenir une joueuse du mouvement.

Et si toi aussi tu t’ennuies dans ta pratique personnelle, peut-être que ton corps n’a pas besoin de plus de discipline. Peut-être qu’il attend simplement que tu recommences à jouer.  A bouger sans règles. 

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